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13 de diciembre de 2013 | | | | |

Un pas en avant, un pas en arrière.

Comité de Sécurité Alimentaire de l’ONU : investissement dans l’agriculture à petite échelle et dans les agrocarburants.

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Les dernières recommandations effectuées par le Comité de Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA) de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur les investissements dans agriculture à petite échelle en faveur de la sécurité alimentaire, représentent des avancées très significatives dans la sphère multilatérale quant à la prise de conscience du rôle de cette agriculture pour l’alimentation de la planète. Cela implique aussi une reconnaissance de nombreux acteurs centraux, comme les paysans, les indigènes et les bergers, entre autres, impliqués dans divers mouvements sociaux.

Toutefois, les recommandations du même CSA sur les agrocarburants prennent exactement le chemin inverse. Ce rapport spécial de Radio Monde Réel cherche à réfléchir sur ces avancées et reculs du CSA, qui s’est transformé en un espace où il existe une participation active de la société civile et qui a facilité les échanges avec les gouvernements, ce que soulignent les mouvements sociaux eux-mêmes.

Une reconnaissance nécessaire : recommandations sur les investissements dans l’agriculture à petite échelle

Le CSA est un espace multilatéral, qui a été réformé en 2009 pour créer un espace pour la participation de divers acteurs intéressés par les thématiques de la sécurité alimentaire et de l’alimentation. Intègrent le CSA, par exemple, les états qui font partie de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (la FAO), le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) et le Programme Alimentaire Mondial (PMA). Peuvent aussi faire parti du CSA les états qui n’intègrent pas la FAO mais qui sont à l’ONU, et, en outre, il y a une importante participation d’entreprises. Ce qui est nouveau c’est la forte présence dans le Comité de divers mouvements et d’organisations sociales, qui se sont groupées dans ce qu’on appelle « le Mécanisme de la Société Civile » : paysans, petits agriculteurs, peuples indigènes, bergers, pêcheurs artisanaux, femmes, jeunes, consommateurs, écologistes, défenseurs de droits de l’homme, entre beaucoup d’autres.

« L’objectif du CSA réformé est de constituer la principale plate-forme internationale et intergouvernementale pour que toutes les parties intéressées travaillent de manière coordonnée en vue de garantir la sécurité alimentaire et la nutrition pour tous », dit le site internet de la FAO dédiée au CSA. Il ajoute que « Le Comité fournit des rapports annuels au Conseil Économique et Social des Nations Unies ».

Les recommandations du CSA dans leur dernière session (la 40ème, qui a eu lieu à Rome, capitale de l’Italie, du 7 à au 11 octobre) sur les investissements dans l’agriculture à petite échelle pour la sécurité alimentaire et la nutrition, se sont basées sur un rapport préparé par le Groupe d’Experts de Haut Niveau du CSA. L’étude avait été demandée par le Comité en 2011.

L’activiste Martín Drago coordinateur du Programme de Souveraineté Alimentaire d’Amis de la Terre International (ATI) et présent à Rome, a qualifié le rapport de « très bon » et expliqua que des gens de l’académie en lien avec les mouvements sociaux avaient participé à son élaboration. Les recommandations du Groupe d’Experts ont été négociées toute la semaine et les organisations et les mouvements sociaux y ont joué un rôle actif et déterminant.

« Ce groupe de recommandations du CSA représente un exemple de ce que signifie les investissements dans l’agriculture à petite échelle ou dans le rôle des agriculteurs à petite échelle et de pourquoi l’investissement dans ces domaines est important », a dit Drago. Il expliqua aussi que " C’est une base tant pour les négociations dans le CSA comme dans celles qui peuvent avoir lieu au niveau national avec chaque gouvernement ou même au niveau régional."

Le premier point important mis en valeur par Drago des accords d’octobre, c’est que le CSA reconnaît que les petits producteurs jouent un rôle central pour la sécurité alimentaire et qu’ils sont les principaux investisseurs dans leur propre agriculture. « Celui qui investit le plus en agriculture au niveau global c’est le producteur lui-même. Ce n’est pas une banque, ni un autre organisme financier, ni même les gouvernements, ce sont les producteurs eux-mêmes, parfois avec beaucoup de sacrifice et avec leur propre travail et sans argent », a t-il expliqué. En outre, « ce n’est pas un investissement qui leur sert seulement à eux mêmes, mais qui génère des bénéfices pour l’ensemble de la société ».

Une autre recommandation importante: c’est que les gouvernements et les groupes intéressés au niveau national, et plus particulièrement les organisations de petits producteurs, sont invités à développer une vision nationale de cette agriculture et à l’accompagner d’un cadre de politiques publiques et de budgets significatifs qui la soutienne.

En troisième lieu, Drago indiqua que le CSA souligna l’importance de la reconnaissance juridique et du respect des droits des petits agriculteurs ainsi que la nécessité du renforcement de leurs organisations.

Le CSA préconisa aussi de promouvoir la capacité des petits producteurs à accéder, améliorer, produire, conserver, échanger et utiliser les semences dont ils ont besoin. « Nous avons besoin que les producteurs puissent reproduire leurs semences, les cultiver, les améliorer. Ils jouent un rôle significatif dans cette amélioration des variétés animales et végétales », expliqua Drago. « On ne n’a pas besoin d’acteurs externes et nous ne voulons pas des multinationales » pour jouer ce rôle, a t-il ajouté. Selon le CSA, on doit soutenir la conservation et le développement de la biodiversité agricole mais aussi les approches agro-écologiques. « Nous avons eu un grand débat pour qu’elles soient prises en compte ». Les gouvernements des Etats-Unis, le Canada, l’Australie, le Brésil et l’Argentine étaient les plus réticents à cette initiative des mouvements sociaux.

Le Comité a aussi repris certaines des décisions précédentes et a incité les gouvernements à promouvoir une gouvernance responsable de la terre et des ressources naturelles. Il a aussi mis l’accent sur la garantie de l’accès et de l’occupation de la terre mais aussi des ressources pour les producteurs à petite échelle. « Il parle aussi, et ceci est important pour nous, de donner la priorité aux investissements publics en appui aux investissements propres des petits producteurs. C’est-à-dire, qu’il faut soutenir la production à petite échelle, mais qu’il ne faut pas le laisser au marché ». Un autre aspect significatif renvoie au rôle de la recherche. La suggestion du CSA est de fortifier les systèmes participatifs de recherche, à travers la combinaison des « connaissances traditionnelles et des résultats des recherches scientifiques » (’bien que pour nous les améliorations que met en oeuvre le producteur sur sa terre soient aussi de la science).

Le Comité de l’ONU a aussi mis en lumière la nécessité de soutenir le développement des marchés locaux et l’accès des petits producteurs à ces marchés. On parle d’un « accès rémunérateur », qui permet aux producteurs « de vivre de leur production et de la maintenir ». On reconnaît aussi l’importance des échanges non monétaires et des systèmes alimentaires locaux. Dans les campagnes les producteurs n’échangent pas toujours entre eux avec de l’argent, ils échangent aussi avec leurs produits. « Ceci joue aussi un rôle dans l’investissement, c’est important de le reconnaître et de ne pas le pénaliser », a souligné Drago.

Agrocarburants : plusieurs pas en arrière

De plus, l’autre coordinatrice du Programme de Souveraineté Alimentaire d’ATI, Kirtana Chandrasekaran, qui a aussi été à Rome, s’est référée aux recommandations du CSA sur les biocarburants ou « agrocarburants », comme préfèrent les appeler les mouvements sociaux. Le CSA avait aussi demandé au Groupe d’Experts de Haut Niveau en 2011 des recommandations sur ce sujet.

Comme l’a rapporté Chandrasekaran, ce débat est arrivé à d’importantes conclusions. Par exemple, les experts ont découvert que les importations d’agrocarburants mais aussi les projets des gouvernements pour les produire génèrent des impacts sur la volatilité des prix des aliments. « Car quand la demande d’agrocarburants augmente, les prix des cultures ont aussi tendance à augmenter ». Le Groupe d’Experts a donc trouvé une forte corrélation entre la volatilité des prix, la disponibilité des aliments, la sécurité alimentaire et les agrocarburants. » C’est pourquoi le Groupe de Haut Niveau a recommandé aux gouvernements d’agir en conséquence. « Mais malheureusement les gouvernements présents dans le CSA n’ont pas tenu compte de ces découvertes et ont fait des recommandations très très faibles sur comment traiter le sujet des agrocarburants », a déclaré l’écologiste.

Elle a expliqué que beaucoup des négociations dans le CSA se sont produites en parallèle et il y a eu quelques pays pro-agrocarburants, comme l’Argentine, le Brésil, les Etats-Unis et le Canada, qui ont réalisé une très forte pression pour que les recommandations du Groupe d’Experts ne soient pas prises en considération. « Il y a eu une présence très forte de l’industrie des agrocarburants, probablement pour la première fois dans le CSA, et ils ont évidemment fait beaucoup de lobby avec leurs gouvernements pour qu’on fasse des changements » aux textes recommandés, a dit Chandrasekaran.

En contrepartie, il y a eut plusieurs gouvernements africains mais aussi du Moyen Orient très préoccupés par l’impact négatif des agrocarburants. Ces gouvernements ont essayé de jouer un « rôle positif », selon le représentant d’ATI, mais il s’est avéré impossible pour eux de faire face aux grandes tactiques du groupe d’Etats en faveur de la production de grains pour produire des carburants. « Ce fut très décevant », a regretté l’activiste.

Notre interviewée a évalué que les mauvais résultats obtenus sur la thématique des agrocarburants doivent amener la société civile à une plus grande réflexion sur comment affronter cette thématique. Il faut penser à « quel niveau de pression publique et politique nous avons été capables de produire dans le processus sur les agrocarburants et la sécurité alimentaire avant d’aller au CSA et pendant les négociations ».

Cependant, Chandrasekaran a souligné qu’« au moins nous avons un document qui reconnaît que les agrocarburants ont un impact sur la sécurité alimentaire et la faim », bien qu’ « il n’oblige pas réellement les gouvernements à prendre des mesures, et c’est là où nous avons perdu, et c’est un grand problème ».

L’activiste a ajouté que le rapport du Groupe d’Experts est très solide et qu’il peut être utilisé pour travailler directement avec les gouvernements nationaux pour qu’ « ils prennent note ».

Le CSA comme espace de participation active : le Mécanisme de la Société Civile

Otto Bruun activiste d’Amis de la Terre Finlande, qui a aussi participé à la 40ème session du CSA, a souligné l’importance des réunions du Mécanisme de la Société Civile préalables à la session du Comité en octobre, parce qu’elles ont servi à se préparer et à avoir des positions communes en vue des négociations.

Pour l’écologiste, l’espace de la société civile a servi à forcer beaucoup d’organisations non gouvernementales (ONG) en Europe à comprendre qu’ils ne sont pas des représentants légitimes des peuples et des mouvements sociaux qui vivent très loin, mais qu’ils peuvent travailler avec ces mouvements et aider à faciliter cet espace. « Je crois qu’il y a beaucoup à faire pour continuer ce travail et continuer à nous rappeler qu’il ne s’agit pas des ONG , mais d’actions réelles et de peuples qui parlent en leur nom propre. Et cette idée de représentation implique une autonomisation qui peut aussi nous amener à avancer », a déclaré Bruun. L’activiste expliqua que c’est un travail en cours et qu’il faut qu’il soit clair que dans « tout développement qui se fait dans le cadre du Mécanisme de la Société Civile ce sont les mouvements sociaux qui représentent les communautés dans lesquelles elles s’articulent ».

Bruun souligna que ce Mécanisme a en outre la richesse de réunir des groupes de divers pays qui peuvent clairement établir les liens entre les réalités qu’ils affrontent.

Chandrasekaran a qualifié l’actuel processus du CSA comme « unique » parce qu’il est un espace « très bien organisé » dans lequel plusieurs acteurs globaux de la société civile se réunissent pour discuter des thématiques actuelles les plus importantes quant à la souveraineté alimentaire. Il a ajouté que le Mécanisme de la Société Civile est un espace de discussion qui permet aux mouvements sociaux de prendre part aux négociations du CSA avec des positions préalablement décidées.

« Une des meilleures choses de cet espace est qu’il est réellement dirigé par les mouvements sociaux », a assuré Chandrasekaran. « Le Mécanisme est conçu pour être conduit par les communautés touchées par les politiques mises en oeuvre par les gouvernements », et qu’effectivement en étant ainsi il accorde « crédibilité et poids politique à ce que la société civile dit ».

À son tour, Drago a souligné que le CSA est un espace multilatéral de gouvernements, « et par conséquent public ». « Nous devons défendre l’accès aux espaces publics de prise de décision ou d’élaboration de recommandations. Nous pensons que la société civile a le droit de participer mais que le secteur privé ne devrait pas avoir le même droit », a t-il indiqué.

Pour le coordinateur du Programme de Souveraineté Alimentaire d’ATI, le CSA est un exemple de comment les organisations et les mouvements sociaux peuvent participer de manière organisée, avec des contributions aux débats, avec des arguments sur leurs positions pour influencer la prise de décision des gouvernements. « Nous croyons que c’est un espace à défendre, à favoriser, et pour lequel il est considérable d’avoir un mécanisme qui garantit une participation réelle de la société civile » a t-il expliqué. Drago a en outre évalué que « prendre part de manière organisée, avec des positions construites, avec une diversité d’organisations très importantes, de tous les continents, demande beaucoup d’organisation, de coordination et de budget ». « Et nous exigeons que ce soient les gouvernements eux mêmes qui financent cette participation », a t-il conclu.

Imagen: www.redes.org.uy

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